LE ROUTIOUTIOU

GUJAN-MESTRAS, LA VILLE AUX 7 PORTS, CAPITALE DE L’OSTRÉICULTURE

Gujan-Mestras trouve ses origines dans les premiers siècles de notre ère. Mais c’est seulement à partir du 17em siècle que cette parroisse nous livre son histoire.

A l’origine, Gujan s’appelait Guyan, c’était un petit village de paysans, de pécheurs et de ramasseurs de coquillages. Trois quartiers et trois ports représentaient cette communauté : Mestrasseau, Gujan bourg et Meyran.

Le port de Mestras était voué à la pêche en haute mer « le peougue » avec ses chaloupes et ses maîtres de barque. Le port de Gujan se consacrait à la petite pêche et au ramassage de coquillages, quant au port de Meyran, il synthétisait les activités des deux autres ports.

Toutefois, le véritable histoire gujanaise commence durant le 18em siècle avec les captaux de Buch et les écrits de quelques érudits locaux, ou de passage. Durant cette période, l‘activité locale s’articule autour d’une trilogie axée sur l’agriculture, la pèche et les coquillages. Très tôt ce peuple Gujanais s’est identifié autour de ce bassin que les romains appelaient « Mer d’Ignac » et qui deviendra par la suite le Bassin d’Arcachon, mot dérivé, vraisemblablement de « L’Arcasson » , résidu de la distillation de la résine. D’une superficie de  16000 HA, il représente le domaine maritime public « le Mayne » dans le parlé local. La moitié de ses terres découvrent avec les marées au rythme de deux pleines mer et deux basses mer par jour. C’est donc en alternance que les ostréiculteurs travaillent les terres émergentes, les « tatchs » ou se situent leurs jardins « les parcs ».

L’HISTOIRE DE L’HUÎTRE DU BASSIN

a pour date charnière l’année 1864. Avant cette date, les huîtres qui vivaient à l’état sauvage sur des bancs naturels étaient ramassées à la main, « pruquées » ou « draguées » dans les chenaux. Après cette date, elles seront élevées et cultivées par des hommes, d’où la naissance de l’ostréiculture. C’est à Napoléon III que revient l’idée de la mise en culture des huîtres dans le Bassin d’Arcachon. L’essor de cette activité dans la deuxième moitié de 19em siècle fera apparaitre un accroissement de la démographie, mais surtout une modification des infrastructures portuaire avec la création de ports artificiels : Le Port du canal, le Port de Larros, et le Port de La Hume. A la fin du 19em siècle, Gujan possédait 7 ports sur son territoire.

 

L’étymologie des noms donnée à ces ports se décline du parlé local « le gascon ». La Môle (la meule d’un moulin disparu au 17em siècle), Mestras, ou la Barbotière (plage ou les Gujanais barbotaient), Larros (Carrière d’où s’extrait la pierre d’alios), Meyran (vient de Meran le bétail), La Hume (vient de Humey-condensation au dessus d’un ruisseau ou d’un tas de fumier).

Depuis la nuit des temps, l’huître indigène qui s’est sédentarisée dans le Bassin d’Arcachon, est une huître plate, « l’ostrea edulys ». Les romains la sacraliseront  « Auzone la consacrera » et Rabelais l’immortalisera.

L’Ostrea Edulys est une huître type monoïque larvipare et  et protandre  se sexe alterné sur une seule souche. Elle féconde ses œufs in vitro après avoir filtré les spermatozoïdes en suspension dans l’eau.

Après fécondation, les larves sont rejetées vivantes dans la mer. Par la suite les larves se fixeront sur le premier obstacle qu’elles rencontreront. Afin de sédentariser ce naissain sur des supports parfaitement identifiés, l’ostréiculteur utilise des méthodes différentes, mais la plus ancienne reste la tuile chaulée, invention d’un testerin monsieur Michelet. Après captage, ces premières huîtres sont séparées de leur support  « détroquer » afin de pouvoir commencer leur cycle d’élevage. Elevage qui durera en moyenne 3 années avant leur commercialisation. A la fin du 19em siècle 5500 Ha sont  consacrés a la culture de cette huître. L’année 1920 verra sa disparition suite à une épizootie. Son agonie durera quelques années avant de disparaitre  totalement du Bassin d’Arcachon.

Cette disparition va faire le bonheur d’une huître qui vivotait et que tout le monde voulait ignorer : L’huître portugaise, de son vrai nom « Grossea Angulata ». Pourqoui ce nom ? Tout simplement parce que les scientifiques ne voulaient pas la reconnaitre comme une « ostrea ».A partir de 1926, sa mise en culture va créer des dissensions, voir des drames dans le milieu ostréicole.  Rentrée dans le bassin par le fait du hasard, cette huître deviendra durant des années le fleuron de notre ostréiculture. Après la seconde guerre mondiale 1700 Ha de parcs sont exploités. Près de 10 000 tonnes sont commercialisées chaque année. 1200 personnes les travaillent et l’huître fait vivre plus de 5000 personnes sur les ports.

 

Comme sa lointaine cousine, l’huître plate, cette huître portugaise disparaitra en 1971, sans connaitre la vraie raison de cette épizootie. A sa disparition s’ajoutera des drames humains. Les cabanes vont se vider, des bateaux vont disparaitre et les ports se désertifier. Plus de 50 % de la population active liée à l’ostréiculture devra se reconvertir.  L’ostréiculture renaitra de ses cendres avec l’arrivée d’une huître japonaise « L’Ostrea Gigas ». Comme sa demi sœur l’huître portugaise, cette nouvelle huître relancera la profession. L’huître japonaise est elle de type dioïque et ovipare. Elle pond des œufs qui seront fécondés dans le milieu marin lorsqu’ils rencontreront un spermatozoïde. De sexe alterné sur deux souches différentes, son ovulation n’est possible sue durant la saison chaude ou l’eau est à une température comprise entre 21   et 25°C.

A la fin du 20em siècle, grâce à l’évolution des techniques génétiques, une huître hybride verra le jour. Cette huître dite « triploïde » est stérile et donc commercialisable toute l’année. Elle n’est pas génétiquement modifiée au sens ou on l’entend aujourd’hui ;elle est seulement le résultat d’un coïncidence et d’un croisement judicieux.

Si toutes les huîtres se sont adaptées au Bassin, les ostréiculteurs se sont adaptés à de nouveaux modes de culture, et tout particulièrement à une culture hors sol. Les moyens mis en œuvre, eux aussi évolueront et en particulier son outil de travail : Le bateau.

LA PINASSE : sans remonter à la nuit des temps, reste le bateau mythique du Bassin. L’étymologie de ce mot Pinasse serait dérivée du grec ancien « pinax » signifiant planche de pin. Au 18em siècle, c’est un bateau à fond plat ayant la forme d’une navette d’une longueur de 7.50 mètres, armée par deux marins. Au début du 20em siècle, ce bateau sera motorisé, sa forme évoluera, il prendra le nom de pétroleuse du fait que son carburant est du pétrole lampant. Au cours du 20em siècle ce bateau perdra sa forme originelle. Pour laisser la place  à un bateau plus opérationnel : « la plate ostréicole » bateau sur-motorisé a fond plat, en alliage d’aluminium anodisé. Malgré toutes ces évolutions, le peuple Gujanais a voulu rester fidèle à ses traditions et à ses origines paysannes. Pour cela il a souhaité s’identifier à un insecte. Dans la langue Gasconne, tous les insectes sont des « barbots ». Ils auraient pu choisir « l’eumolpe » le prédateur de la vigne, ou l’abeille. Il a préféré prendre pour emblème la coccinelle, la « bête à bon dieu », peut être en raison de ses croyances religieuses ancestrales.

Malgré toutes ces crises conjoncturelles ou identitaires, l’ostréiculture en ce début de 21em siècle traverse une période difficile. Les gens de la mer se battent pour trouver la place qui leur revient entre les structures géopolitiques contraignantes et des intérêts économiques pervers.

Souhaitons que la conjugaison de ces intérêts croisés débouchera  sur une cohabitation heureuse. C’est le prix que devra payer la société pour que survive l’ostréiculture du Bassin d’Arcachon.

JC BERGASSE